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Le soir du 14 mars 1590, le roi Henri IV passant la soirée à Rosny sur Seine à deux pas de Mantes la Jolie, écrivait au maire de Langres une lettre relatant avec precision l'évènement historique de ce jour-là.

 

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Un témoignage unique de son principal acteur qui detail la journée et cite les lieux de l'action.
En voici le texte brut :

Monss Roussat.Il a pleu à Dieu m'accorder ce que j'avois le plus désiré d'avoir, moyen de donner une bataille à mes ennemys. Ayant ferme confiance que cela estant, il me feroit la grace d'en obtenir la vistoire, comme il est advenu aujourdhuy. Vous avez cy devant entendu, comme après la prise de la ville de Honfleur je leur vins faire lever le siège qu'ils tenoient devant la ville de Meulan, et leur y presentay la bataille qu'il y avoit apparence qu'ils eussent accepté, ayant alors en nombre deux fois aultant de forces que je pouvois avoir, mair pour espèrer le pouvoir faire avec plus de sureté, ils voulurent differer jusques à ce qu'ils eussent joint quinze cent lances que leur envoyoit le prince de Parme. Comme ils on faict depuis quelques jours et deslors publiant partout qu'ils me forceroient au combat en quelque lieu que je fusse, et ils pensoient avoir recognu une occasion fort advantageuse de me venir renverser du siege que je faisois devant la ville de Dreux. Mais je ne leur ay pas donné la peyne de venir jusque là, car sitot que je feuz adverty qu'ils avoient passé la rivière de Seyne et qu'ils tournoient la teste devers moy, je me résolus de mettre plustot le siege, que de faillir de leur venir au-devant, et ayant sceu qu'ils estoient à six lieues de dict Dreux, j'en partis lundi dernier XIIe de ce mois et vins loger à la ville de Nonancourt qui estoit à trois lieues deulx pour passer la riviere. Le mardy XIII je vins prendre le logis qu'ils voulient pour eulx et ou estoient desjà arrivés leurs maréchaux des logis, je me mis en bataille des le matin en une fort belle plaine à une lieues près de celluy qu'ils avoient faict le jour précédent, ou ils paurent ausstost avec toute leur armée, mais si loing de moy que je leur eusse donné beaucoup davantage de les aller chercher seulement je me contentay de leur quitter un village qui estoit proche de moy du quel ils s'estoient saisis. Enfin la nuit nous contraignit chercher logis, ce que je fis aux villages le plus proces. Ce jourdhuy XIII ayant faict de bon matin recognoistre leur contenance et m'ayant été rapporté qu'ils s'estoient retirés, mais encores plus loing qu'ils n'avoient faict hyer, je me resolu de les approcher de si prés, que par nécessité il se fauldroit joindre, comme il est advenu sur les entre dix et unze heures du matin que les estant allé chercher jusques ou ils estoient plantez, dont ils n'on jamais advancé que onq a si peu faict de chemin pour venir é la charge. La bataille s'est donné à la quelle Dieur à voullu faire congnoistre que sa protection est toujours du costé de la raison. Car en moings d'une heure après avoir jetté toute leur colere en deux ou trois charges qu'ils ont faictes et soutenues toute la ca valerye a commencé à prendre party, abandonnant l'infanterie qui estoit en très grand nombre, ce que voyant leurs Suisses on recourus à ma miséricorde et se sont rendus. Les collonels, capitaines, soldats et tous les drappeaulx. Les tois quart de Fracois n'ont pas eu le loisir de prender ceste récolution, car il en a esté taillé en pieces plus de douze cens de ungs et aultant de aultres, le reste prisonnier et lis en routte dans les boys à la mercy des paysans. De leur cavalerye il y en a de neuf cens à mil de tués, quatre à cinque cens de desmontés ou prisonniers sans les vallets qui sont en grand nombre, et ce qui s'est noyé au passage de la riviere d'Eure qu'ils ont passé à la nage pour la mettre entre eulx et nous, le reste des mieulx montés s'est livré à la fuite, mais ce a esté avec très grand desordre ayant perdu tous leurs bagages. Jene les ay point abandonnés qu'ils n'ayent esté pres de Mantes ou l'on vient de m'advertir que l'on leur a fermé les portes, si cela est ils ne resteront pas la, et j'espere que la victoire sera entiere, qui est desja Dieur mercy bien adancée. Leur cornette blanche m'est demeurée et celluy que la portoit prisonnier. Douze ou quinze aultres cornettes de la cavalerye, et deux fois davantage de leur infanterie. Toute leur artillerie, infinits seigneurs prisonniers, et de morts ung grand nombre, mesme de ceux du commendement que je ne me suis pas encore amusé à faire recongnoistre. Mais je scais qu'entre aultres le comte d'Aigremont qui estoit général de toutes les forces qui lui estoient venues des Flandres y a esté tué. Leur prisonniers disent tous que leur armée estoit de quatre mil chevaulx, et douze à treize mil hommes de pied dont on voit qu'il ne se en est pas sauvé le quart de tout cela. Quant est de la mienne elle pouvoit estre de deux mil chevaulx et de huict mil hommes de pied, mais du reste la cavalerye m'arriva depuis que je fus en bataille, le mardy et le mercredy plus de six cens chavaulx, mesmes en la derniere troupe la noblesse de Picardie envoyoyt le sieur de Humieres qui estoit de trois cens cevaulx arriva qu'il y avoit demye heure que le combat estoit commencé. Ce'st ung seure miracle de Dieur qui m'a premierement voullu donner ceste résolution de les attaquer puis la grace de la pouvoir si heureusement accomplir. Aussy à lui seul en est toute la gloire. Et de ce qui en peult par sa permission appartenir aulx hommes elle est due aux Princes, officiers de la couronne, seigneurs et cappitaines, et à toute la noblesse quy s'y est trouvée, y est arrivée avec une telle ardeur et si est si heureusement employée, que leurs prédecessuers n'on point laissé de plus beaux exemples de leur générosité queulx en laissent leur postérité. Comme j'en suis grandement content et satisfaict, je pense qu'ils le sont de moy, et quils on veu que je ne les ay voulu employer que je ne leur aye aussy ouvert le chemin. Je sui tousjours à la poursuitte de la victoire avec mes cousins, les princes de Conty duc de Montpansier, comte de Saint Paul, marechal Daumont; grand prieur de France, la Trmouille, les sieurs de la Guiche et de Givry et plusieurs aultres siegneurs et cappitaines; mon cousin le maréchal de Biron estant demeuré au corps de l'armée pour y attendre de mes nouvelles qui yront comme je l'espere tousjours prosperant. Vous entendez par ma prochaine despesche quy de bien près suivra ceste cy, plus amplement les paritculatités de ceste victoire, dont je vous ay bien voullu cependant donner ce mot d'advis, pour ne vous pas différer plus long-temps le plaisir que je scay que vous en aurez. Je vous prie aussi en faire part à tous mes amés bons serviteurs de la prince, et sur tout d'en faire rendre grace à Dieu, le quel je prie M. Roussat vous maintenir en sa saincte garde.
Escript au camp de Rony le XIIIIejour de mars 1590.

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